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Se Désidentifier : Entre « Je Suis » et « Je Ressens »

Repenser nos mots, transformer notre relation à soi

Nos mots façonnent notre réalité. Quand nous disons « Je suis en colère » ou « J’ai cette maladie », nous posons une frontière invisible entre nous et le monde : mais surtout, entre nous et nous-mêmes.

En disant « je suis », nous fusionnons notre identité avec une émotion, un état ou un diagnostic. Nous devenons notre colère, notre anxiété, notre maladie. Et paradoxalement, cela peut nous enfermer, nous figer dans ce que nous cherchons souvent à dépasser.

Dire « J’ai une douleur », « j’ai une maladie », « j’ai peur » : derrière ce verbe auxiliaire, se glisse un subtil sentiment de possession et d’impuissance.

L’émotion ou la maladie devient une entité qui nous habite, mais qui n’est pas nous. Elle existe, elle se manifeste, mais nous ne sommes pas cette manifestation.

Du « Je suis » au « Je ressens »

Prendre du recul commence par la nuance. Plutôt que de dire « je suis fibromyalgique » par exemple , on peut dire « je ressens une fibromyalgie ». Plutôt que « je suis en colère », dire « je ressens de la colère ».

Cette distinction est plus qu’un simple choix de mots : elle crée un espace entre soi et ce que l’on vit. Elle permet de regarder l’émotion ou la douleur, comme un phénomène passager, un indicateur du corps ou de l’esprit, et non comme une définition immuable de notre identité.

En reformulant nos phrases, nous reprenons une part de notre pouvoir intérieur, nous démarrons une nouvelle programmation de nos pensées et de notre cerveau, notre corps…

« Je présente une maladie » ou « je ressens une émotion » reconnaît la réalité de l’expérience, mais nous rappelle que nous ne sommes pas cette expérience. Nous existons avant, pendant et après elle. Nous devenons spectateurs et acteurs à la fois, capables de la transformer ou de l’accompagner plutôt que d’être submergés.

L’effet sur nos émotions et notre corps

Cette simple nuance a un impact psychologique puissant. En se désidentifiant d’une émotion ou d’un état de santé, nous réduisons l’emprise mentale et physique qu’elle peut exercer.

Le corps se relâche, l’esprit s’apaise. La colère devient un message, une énergie à canaliser, et non un jugement sur notre être. La douleur ou la maladie devient une expérience à observer, à écouter, et non une condamnation.

Cette pratique n’élimine pas la réalité de la maladie ou de la colère, mais elle transforme notre relation à elle. Nous cessons de lutter contre nous-mêmes et commençons à dialoguer avec ce qui est là. Et souvent, ce dialogue ouvre la voie à la compréhension, à l’acceptation et même à la guérison.

Les mots comme alliés

Changer notre langage n’est pas une magie instantanée, mais un geste quotidien. Remplacer « je suis » par « je ressens » ou « je présente » est un petit pas. Mais il permet de restaurer la liberté de notre identité, de rappeler que nous sommes bien plus que ce que nous traversons. Les mots deviennent alors des alliés pour respirer, observer et avancer avec clarté et légèreté.

En fin de compte, la prochaine fois que la colère, la peur ou la maladie se manifestent, essayez de murmurer à vous-même : « je ressens cela ». Et sentez la distance, la légèreté, et cette vérité essentielle : ce que vous traversez n’est qu’une partie de votre expérience, jamais la totalité de votre être.